8 obstacles qui vous empêchent (encore) de captiver un auditoire

Par Romain | Le prototypage

Avr 19

Encore un bide.

Vous prenez la parole en public lors de cette fameuse réunion. En entrant dans la grande salle, vous êtes Super Speaker.

Vous allez séduire avec votre nouvelle vision des choses. Insuffler de la vie en rose dans un lundi gris.

Vous lancez votre présentation.

Pendant que vous parlez, les gens s’échangent des regards. Font défiler leurs écrans de téléphones. Distraits ? Déçus ? Peut-être. Barbés ? Lassés ? Mince.

Bon, il y a quelques regards polis. Mais aucun enthousiasme perceptible. Personne ne vous regarde comme la bonne nouvelle du matin. Insensibles.

À la fin, votre supérieur.e vous remercie. Bref. Vous vous rasseyez, un peu seul.e dans la tête. Personne n’est à la fête.

Vous n’avez captivé personne, vous n’avez pas changé la donne. Qu’est-ce qui a cloché, au fait ?

Peut-être que vous en pincez un peu trop ou que vous jouez des mécaniques.

Je propose ici 8 pistes.


1. Vous préparez sans connecter

Pour accoucher du déroulé parfait, vous vous isolez. Vous creusez le sujet.

Comme si vous perciez un tunnel. Vous savez que le jour va poindre. Le jour J, vous accoucherez d’un discours flamboyant. Truffé de statistiques uniques, de chiffres éloquents.

Ces données pourraient n’éblouir que vous. Vos phrases pré-construites s’empilent telles des briques qui érigent un mur.

Sortez de ce pré carré. Ouvrez-en le cœur. Gardez le public avec vous. Sinon il vous quittera en cours de route. Vous aurez oublié de lui parler.

Pour travailler la connexion avec l’auditoire, n’oubliez pas de jeter des passerelles. Sortez de derrière votre écran, laissez le bureau.

Entraînez-vous dans des dialogues spontanés, dans des échanges informels au parfum de café.

Le jour J, vous mènerez votre discours comme on mène une conversation. Vous capterez et maintiendrez l’attention.

2. Vous parlez en zigzags

Peut-être que vous voulez éviter le discours cousu de fil blanc. Ou éviter d’être pris.e « en flag’ » ? Pour surprendre celles ou ceux qui vous attendent à la sortie.

Du coup, vous couvrez votre sujet de A à Z. Mais vous parlez en zigzags. Vous naviguez de concept en concept, vous voguez de slide en slide.

Hé ho, Madame, Monsieur ! Revenez ! Prenez le micro au point A ? Le public vous attend au point B !

Sans ossature claire et solide, vous allez noyer votre auditoire.

Montrez un bel itinéraire. S’il le faut, mettez les points sur les I.

Vos auditeurs attendent qu’on les guide. Déroulez 3 temps/3 points principaux pour un déroulé solide. Vous apportez clarté, fluidité, précision.

Quitte à donner envie au public de poser de nouvelles questions pour approfondir, développer. Un bon quart d’heure ou plus d’échanges directs avec vous en fin de présentation : c’est du bonus partagé.

3. Entendons-nous bien !

Si votre public ressent que ce que vous racontez a de l’intérêt pour lui, c’est un bon point. S’il doit tendre l’oreille pour vous écouter : c’est un gros moins.

Une voix rentrée, plate, sans énergie, c’est pénible pour les personnes assises au fond. Pas sûr qu’elles l’entendent de cette oreille (encore moins si elles ont des problèmes d’audition).

Travaillez votre voix, avec un coach vocal – j’en propose – ou grâce à des cours de chant  Plus les salles seront grandes, plus il faudra la projeter.

Jouez de cet instrument que la nature a mis à votre disposition, sans en faire « des caisses ». Vous constaterez des progrès rapides vers une voix nouvelle, rien que par la posture ou des exercices de respiration (dans un premier temps).

Faites-vous entendre de belle manière ! Modulez les aigus, les graves, ponctuez de silences. Gagnez en résonance.

4. Vous jouez des mécaniques — en prise de parole en public

Vous parlez en public d’un sujet précis. Vous tracez une nouvelle voie. Financière, technique, environnementale. C’est créatif, c’est innovant.

Vous savez que le langage corporel compte. Alors vous parlez en public en acteur/actrice de votre discours. Pour vous placer sur un tremplin, tracer de nouvelles perspectives.

Mais peut-être le faites-vous trop ? Parce que le jour J on perçoit comme une anomalie. Vous bougez vos membres comme des bras articulés. Un peu comme un robot humanoïde d’accueil dans un centre commercial japonais.

Des rouages depuis votre crâne pilotent vos gestes. Aïe. Le public s’en aperçoit. Il tique. Vous n’êtes pas authentique.

Respirez ! Laissez vos mains décrire des mouvements naturels (partez d’un bon ancrage au sol).

Imaginez un ami pas vu depuis 10 ans qui, de derrière, vous tapote sur l’épaule. Vous vous retournez. Votre embrassade ou chaude accolade sera pleine d’élan, spontanée. Avant même de lui adresser la parole.

Pour acquiescer, contredire, signaler, etc. ce que nous entendons au cours de nos conversations, des petits mouvements spontanés (du doigt, de la main, un mouvement de la tête, une expression du visage, etc.) précèdent souvent notre parole.

Quand vous préparez, imaginez vous adresser à un proche (votre enfant, votre conjoint…). Vos gestes, naturels, naîtront avec aisance.

Alors vos bras, vos mains bougeront naturellement, en cadence.

5. Vous êtes un.e timide du style

Sans vouloir évoquer votre amour excessif de la statistique ou des chiffres, souvent perçu… je vous incite à jouer sur la fibre rhétorique pour sortir des sentiers battus.

Osez les figures de style. Et les métaphores. Et le jeu subtil des émotions.

Parce que vous inciterez bien plus à l’action qu’en dissertant sur un graphique dont vous adulez les flèches.

Parce que vous parlerez comme on organise un bal, plutôt que lancer des pétards dont vous éteignez la mèche.

Parce que vous deviendrez l’orateur, l’oratrice dont on goûte les belles paroles, un breuvage délicieux, souvent méconnu.

Écarquillez les oreilles du public avec du jamais entendu. Créez la surprise. Ouvrez cette petite fiole d’élixir, de doux alcool.

Devenez un professionnel connu pour son style. Devenez celle ou celui à qui on tend la main avec un joli sourire : Deal!

6. Vous en pincez un peu trop

Ouvrez la bouche, ar-ti-cu-lez. OK, tout va bien. Vous pouvez prononcer votre discours, c’est bon.

Mais vous tirez une tête de 10 pieds de long. Vous ne vous rendez pas service, et ça plombe l’ambiance.

Laissez-vous tranquillement sourire. Quand vous parlez sur des enjeux serrés, sourire vous paraîtra peut-être inadapté. Dès qu’un sourire s’esquisse malgré tout, même timide : relevez franchement vos pommettes !

À choisir entre la Joconde et le couple de American Gothic : avec qui auriez-vous le plus envie de passer un peu de votre temps ? Franchement ?

Allez-y sans retenue. N’ayez crainte : laissez le charme agir. Que vos prospects se déplacent depuis Paris ou arrivent de Chicago, un sourire enverra toujours les bons signaux.

7. Vous n’osez pas franchement (vous) la raconter

Vous parsemez vos discours de brefs commentaires sur votre rôle, votre métier. Un peu comme le ferait Mr Tout le Monde. Justement, vous ne le faites pas assez, ou bien qu’à demi-mots.

Allez-y gaiement, en sachant raison garder. En plus d’aider à dompter le trac, narrer une histoire créera du lien avec l’auditoire.

2011–2013 : c’est le début d’une histoire d’amour avec l’art oratoire. J’anime des ateliers pour mon travail dans plusieurs campus en France. Conseiller carrières, je parle à des publics de jeunes ingénieurs. J’y vais avec quelques slides, une bouteille d’eau.

Le micro en main, je démarre par de la récitation. Pour créer du lien, je projette ma voix. Je joue avec l’élocution. Certains dorment quand d’autres prêtent attention. Bon an mal an, j’acquiers de premières techniques de discours.

En atelier de théâtre à Lyon, 3 ans plus tard, j’improvise des sketchs pendant 1 an, chaque semaine. Puis prends des cours de chant. Je lâche prise. Je parle plus en public. Je deviens bon.

Je découvre un art qui enivre. Je monte un blog sur le sujet, visionne des conférences TED, dévore quelques livres.

Plein d’espoir, je me lance en 2018. J’anime mes premiers ateliers, dispense mes premières formations. Jusqu’à donner en novembre 2019 ma 1ère conférence sur la communication et la bienveillance.

8. Vous n’insistez pas sur les contrastes

Vous défendez si bien cette belle idée. OK, mais votre discours reste sans angle, ou n’offre aucune profondeur.

Et là, vous vous exposez à des vents contraires. Voire réfractaires.

Tenez un discours qui joue sur les oppositions, les contrastes.

Peut-être parlez-vous sur la défensive quand vous pourriez jouer l’offensive. Ou bien, plutôt que vous demander ce que votre direction peut faire pour vous — demandez-vous plutôt ce que vous pouvez faire pour votre direction.

Les opposés fascinent. Opposez la raison et la passion. Opposez ce qui existe et ce qui pourrait être. Ce que vos clients vous inspirent et ce à quoi ils aspirent.

Votre discours gagnera en profondeur de champ.


Vous aviez du mal à captiver un auditoire.

Prendre la parole face à un public, c’est plus qu’un acte. Maîtrisé, c’est un art.

Ces quelques conseils sur la voix, le style, la gestuelle, constituent quelques-unes des pistes à explorer pour devenir meilleur. e

Personne ne naît oratrice ou orateur : De Gaulle, Obama, Simone Veil, Mandela ont dû comme tout le monde étudier puis appliquer les techniques de discours.

Ils ont surtout pratiqué, pratiqué, pratiqué. C’est ça, l’ultime secret.

C’est par la pratique que vous grandirez. Par exemple, bien regarder votre public vous empêche de bafouiller. Il y a tant d’autres bénéfices à retirer d’un exercice régulier.

Plus vous vous lancerez, après une préparation intelligente et « connectée », plus vous ressentirez des sensations nouvelles et inconnues.

Ça ne vous apportera que du bon. La pratique permet de faire baisser le niveau de stress. Le trac fait peur ou inquiète.

À l’époque du big data, des écrans, votre défi consistera à capter puis maintenir l’attention. Captiver un public sur 5, 10 minutes, voire plus, ça s’apprend.

Sortez la voix, entraînez vos discours, répétez, répétez, répétez. Lors d’un futur séminaire, d’une grande conférence : quand vous prendrez la parole, c’est vous qu’on écoutera.

De facto, ça vous démarquera. Celle ou celui qui ose. Qui progresse.

Suivez un atelier ou une formation à la prise de parole en public. Comme tout apprentissage, il y aura des paliers, des passages. Public et formateur vous accompagnent, vous donnent du feedback, vous écoutent.

Vous devenez Super Speaker. À l’avenir, des salles combles seront pendues à vos lèvres.

Romain Habig

Ancien expatrié puis salarié d'écoles d'ingénieurs, j'explore l'art et la technique du parler. Pour vous aider à faire du trac votre meilleur allié. Pour transcender les paroles que vous devrez dire. Pour que vos discours motivent, persuadent ou inspirent.

  • Paul CTD dit :

    Merci beaucoup pour ces conseils. Je vais pouvoir les mettre en application très prochainement au boulot !

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